Séries Mania : compte-rendu de la masterclass de Damon Lindelof

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Présent au Forum des Images pour une masterclass dans le cadre du festival Séries Mania qu’il préside en ce moment même à Paris, Damon Lindelof est revenu sur les débuts de sa carrière, Lost et The Leftovers.

L’histoire de Damon Lindelof, c’est celle d’un jeune kid des années 90 ayant été frappé de plein fouet par la qualité des Soprano et le surréalisme de Twin Peaks. Des monuments qui vont lui faire comprendre, tout jeune, que le monde des séries lui est destiné. Il rentre alors à l’université de New York dans une école de cinéma et part à Los Angeles part la suite, diplôme en poche et des étoiles plein les yeux, à la recherche de ses premières expériences professionnelles dans le milieu.

Une de ses premières expériences majeures survient quand il devient assistant scénariste sur Wasteland (1999), au plus bas échelon possible. Mais un échelon malgré tout. Tout va basculer lorsque la majorité des scénaristes vont être licenciés, laissant le show en roue libre sans aucun plan B. C’est à ce moment là que le jeune Lindelof décide de saisir sa chance en écrivant un épisode, soumis au showrunner de l’époque. Ce dernier apprécie l’épisode et lui propose un contrat avec ABC. Malgré l’annulation du show 2 épisodes plus tard, la carrière de Damon Lindelof en tant que scénariste est définitivement lancée.

« Stupid plane crash show »

C’est alors que Lindelof rencontre J.J Abrams, en plein dans la série Alias, pour qui il a beaucoup d’admiration et avec qui il va développer une idée de série. Le projet est basé sur une idée simple : partir d’un crash d’avion sur une île et faire quelque chose d’étrange. Ce « stupid plane crash show » auquel Lindelof va faire référence de la sorte tout au long de la masterclass, il s’agit bien évidemment de Lost. Une idée saugrenue qui a fini par capter l’attention d’ABC malgré un premier refus et un mystère complet sur la suite de l’histoire. « Les studios nous mettaient la pression sur ce qu’allait devenir la série alors qu’on tournait le pilote », confie Lindelof. La chaîne exige de commencer rapidement le tournage alors que rien n’est encore écrit.

Tout s’enchaîne alors très rapidement et à la diffusion des premiers épisodes, le succès est colossal. Les tournages s’accélèrent, l’attente est grandissante et beaucoup d’argent est en jeu. Damon Lindelof raconte avoir voulu tout quitter après le sixième épisode, se retrouvant seul lorsque J.J Abrams décide d’aller tourner Mission Impossible 3, le laissant avec toute la pression sur ses épaules. Mais rejoint par son ancien boss Carlton Cuse, Lindelof finit par rester. La série va durer 6 saisons, alors que le jeune trentenaire en voulait 4 et ABC en demandait 10.

 Sur Twitter, des gens m’ont accusé d’avoir ruiné 6 ans de leur vie

Durant cet entretien, de longues minutes sont consacrées à la fin de Lost, sujet sensible pour de nombreuses personnes et sur lequel le showrunner est régulièrement sollicité. « On a eu cette idée très excitante de flashback pour le final, inspiré par le film Saw 2. […] Mon père est mort 5 mois avant que je rencontre J.J Abrams, Jack Shephard était alors le personnage auquel je m’identifiais le plus » explique-t-il, avant de revenir sur les critiques. « Sur Twitter, des gens m’ont accusé d’avoir ruiné 6 ans de leur vie. On était nommés pour les Emmys et paradoxalement, des gens me haïssaient à cause de cette fin. » Lindelof avoue avoir été beaucoup atteint par les critiques à cette époque, même s’il rajoute ne rien regretter et ne pas s’excuser pour cette scène finale qu’il assume pleinement.

Mort et religion au cœur des thèmes abordés

Des extraits de Lost et The Leftovers sont montrés à l’écran et de nombreux parallèles sont inévitables entre les deux séries, habitées par le mystère et la complexité narrative. « Les spectateurs sont plus à même de saisir des histoires complexes qu’auparavant. Je veux continuer à expérimenter. Parfois ça marchera, d’autres fois non. Mais quand je me sens en danger, c’est plus excitant pour moi. » Ainsi, The Leftovers prend le flambeau sur plusieurs thèmes qui sont au cœur de la réflexion de Damon Lindelof, comme la mort : « Je ne sais pas ce qu’il se passe quand on meurt, mais j’ai toujours était intéressé par les histoires qui essayent d’entrevoir des possibilités sur ce sujet. Je ne suis pas gêné par l’idée de parler de choses déplaisantes. » La religion est également un des grands sujets abordés, très ouvertement dans The Leftovers, même si Lindelof confesse ne pas être croyant. « Les personnes ayant une religion sont persuadés que leur vie à un sens et qu’ils vont rejoindre leurs proches après leur mort. Et ils sont très heureux. Je suis jaloux de ça. »

Libéré de la pression populaire, The Leftovers est une nouvelle page blanche pour l’américain, plus intimiste, et qui lui a permis d’expérimenter à nouveau. HBO lui a offert cette possibilité de s’exprimer sur des sujets comme « la tristesse et le deuil » au travers de ses personnages et leur capacité à surmonter un traumatisme. Un plaisir à nouveau retrouvé pour Damon Lindelof qui avoue même souhaiter finir ses jours en écrivant des séries. On en demande pas plus.

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